To Woody with anger

Publié le par jeremienade

To Rome with Love : affiche

Cher Woody,

Nous avons un point commun. Tous les deux, nous n'aimons pas vos films. Vous le dites régulièrement dans la presse et moi je le dis régulièrement à tous les gens qui me parle de votre génie. Alors oui, je vous reconnais quelques bons films comme Minuit à Paris et... je crois c'est tout. J'avoue que je ne les ai pas tous vus. Il me manque en particulier Annie Hall que l'on présente comme un chef-d'oeuvre. Mais étant donné qu'on m'a dit ça pour Manhattan et Match Point, des films assez pauvres, permettez-moi de rester perplexe.

To Rome with Love : photo

Deux jeunes et très bons acteurs, perdus dans un film sans saveur

Ne le prenez pas mal mais pour moi, vous êtes un escroc. Un réalisateur qui depuis plus de 40 ans ressasse les même thèmes, ce qui peut se comprendre, mais surtout refait les même films me pose problème. D'accord, vous sortez un long-métrage par an c'est assez impressionnant, mais c'est tout de suite plus simple quand il suffit de changer les noms des personnages et de reprendre les mêmes intrigues.

To Rome with Love : photoPourtant vous ne manquez pas d'idées, souvent très bonnes. Je repense notamment à La rose pourpre du Caire. Quelle excellente idée de faire traverser l'écran à Tom Baxter pour le sortir de son film ! Mais pourquoi le jeter ensuite dans cette histoire d'amour ridicule ? Vos personnages m'énervent également beaucoup, ce sont toujours les même archétypes, ça devient fatiguant. Je peux comprendre que vous aimiez les bobos new-yorkais, leur psys et leur monde de faux-semblants. Mais au bout d'un moment, ça ne vous lasse pas de traiter toujours ce type de personnages. Parfois vous en changez c'est vrai, mais au fond le résultat reste le même. La plupart du temps vous nous racontez l'histoire d'un couple en pleine déliquescence où l'un(e) des deux va tromper l'autre. Vous adorez peut-être ce genre de scénario mais moi ça me gonfle, surtout quand vous nous le reservez dans tous vos films.

Une chose m'énerve également beaucoup, c'est cette histoire de réalisateur intellectuel. Excusez-moi mais il me semble qu'il faut un peu plus que quelques références à Kafka ou Sartre pour pouvoir se coller une telle étiquette. Vous ne faîtes que brassez tout un tas d'idées sans jamais rien approfondir afin de donner cette caution intellectuelle à vos personnages. C'est marrant parce que cette critique est justement celle qu'Alec Baldwin fait au personnage d'Ellen Page dans To Rome with love.

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Avant, j'aimais Roberto Benigni

D'ailleurs parlons-en de ce film, puisque c'est lui qui m'a poussé à vous écrire. Il est symptomatique de tout ce qui ne va pas, à mon sens, dans votre cinéma. Vous avez beau proposer 5 histoires différentes, aucune ne tient véritablement la route et ce malgré d'excellentes idées de départ.

 To Rome with Love : photoLa seule histoire un tant soit peu intéressante est celle dans laquelle vous apparaissez. Votre personnage est d'ailleurs le plus drôle du film. C'est une autre de vos particularités, vous aimez vous réservez le personnage le plus intelligent, le plus spirituel, celui qui a les répliques les plus brillantes car s'il faut bien vous reconnaître une chose, c'est que vous avez le sens de la formule ("Le fils est communiste, le père croque-mort, est-ce que la mère tient une léproserie ?"). Mais rien n'y fait, si on s'intéresse très vite à cet homme qui sous la douche devient un grand chanteur d'opéra, on dcouvre que finalement l'histoire est bien presseuse et n'a que peu d'intérêt. C'est la même chose pour les 4 autres. Toutes pourraient être passionnantes, à part celle de Pénélope Cruz ridicule dès le début, mais lassent très vite parce que vous n'en faîtes rien et qu'elles sont bien trop prévisibles.

Le pire, c'est que vous vous retrouvez dans l'une des plus belles villes du monde et que vous vous comportez comme un touriste. Vous filmez les belles places de Rome, ses petites rues et ses ruines en y mettant vos personnages et c'est tout. C'est dommage car dans Minuit à Paris, vous aviez su utiliser les lieux emblématiques de la capitale française pour vous les réappropriez et vous aviez su jouer avec son image. Mais Rome semble vous avoir beaucoup moins inspiré, ce qui gâche encore un peu plus votre film. On a vraiment l'impression que vous souhaitez vous payez des vacances à l'oeil (ce qu'on vous accuse de faire depuis le début de cette série de films en Europe).

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Alec Baldwin vous devait de l'argent, c'est pas possible sinon

Tout ça pour vous dire donc que je ne comprends pas ce que les gens vous trouve. Car même si aujourd'hui vous faîtes plus souvent l'objet de critiques, les cinéphiles continuent de vous adorer pour une raison que j'ignore. Tandis que la presse française, toujours embourbée dans la terrible politique des auteurs, continue de vous défendre. Je crois que c'est ce qui m'irrite le plus chez vous, cette passion que vous suscitez. Si elle n'existait pas, je serais seulement indifférent à votre filmographie mais à cause d'elle je suis obligé de vous détestez alors que vous êtes sûrement un type très bien.

Au fond, je crois que je suis jaloux. Tiens, ça serait d'ailleurs une bonne idée de film ça. Un jeune critique ciné jaloux d'un réalisateur qu'il trouve surestimé. Et pour se venger, il n'aurait d'autres solutions que de séduire la femme de celui-ci pour coucher avec elle. Ca vous plaît comme histoire ? Allez comme je suis beau joueur, je vous offre le scénario, à condition que vous tourniez le film à Hettange-Grande en Lorraine, c'est chez moi. Vous verrez, c'est différent de Rome ou Paris, mais les anciennes mines de fer et la réserve géologique lui donne un cachet inimitable. Vous adorerez, j'en suis sûr.

Affectueusement, amicalement, sincèrement, cordialement,

Jérémie Nadé

To Rome with Love : photo

Non, c'est vraiment pas la peine d'applaudir

 

To Rome with love de Woody Allen, sorti le 4 juillet 2012.

Publié dans Critiques

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